L'école

Avoir les mêmes sentiments que le Christ avec ceux auxquels Il m’envoie ((c)Diego Cervo, Fotolia)

Il y a un peu plus de 20 ans, je suis entrée dans les Groupes Evangile et Mission, les GEM – ils ne s’appelaient pas encore Famille Cor Unum. C’est le curé de ma paroisse, un prêtre du Coeur de Jésus, qui me les a providentiellement fait connaître à un moment où se fortifiait en moi le désir de me donner plus complètement au Christ. J’ignorais alors l’expression ‘radicalisme évangélique’.
Je désirais me donner tout entière au Seigneur, corps et âme, lui appartenir sans partage en raison d’un appel discret mais persistant qui s’imposait à moi avec de plus en plus de force. ‘Tu m’as séduite et je me suis laissée séduire’ dit Jérémie, ‘Dieu seul suffit’, ‘Coeur de Jésus, roi et centre de tous les cœurs’, et donc ‘de mon cœur’, ces phrases nourrissent encore aujourd’hui ma prière et mon action de grâce : Je ne compte que sur toi, Seigneur, mais je sais en qui j’ai mis ma confiance, je ne serai pas déçue.

Ce don total au Seigneur, je ne l’envisageais que dans l’Institut séculier féminin du Coeur de Jésus [ISFCJ] où je pouvais m’engager par des vœux – de pauvreté, chasteté et obéissance -, avec le désir d’être configurée au Christ pauvre, chaste et obéissant. Ce qui signifie essayer, avec sa grâce, d’imiter son style de vie, et d’avoir les mêmes sentiments que lui, pour le suivre du plus près possible. Ces vœux étaient, et sont pour moi, comme un sceau ineffaçable sur mon engagement, des balises, ou un phare, pour éclairer la route. Avec le temps, ils ont pris une consistance plus forte, ils mobilisent tout mon être, même si ma réponse à l’appel du Christ reste bien imparfaite. Pour ‘revêtir le Christ’, comme dit st Paul, je dois d‘abord ‘me dévêtir de moi’, ce n’est pas facile car le combat spirituel n’est pas qu’une image. Heureusement, nos Constitutions, dans leur sagesse, nous donnent les moyens de tenir le cap en insistant sur la prière prolongée quotidienne, nourrie par la Parole de Dieu et l’Eucharistie, les retraites, les journées de désert, etc. Ma fidélité a besoin de ces exigences.

L’Institut me permet aussi de retrouver des sœurs veuves ou célibataires et c’est toujours une joie de voir que d’autres ont répondu au même appel que moi, nous pouvons donc nous éclairer, nous soutenir, nous stimuler pour aller plus loin dans nos engagements. C’est là où nous prenons vraiment conscience que nous formons un corps. Même isolées géographiquement, nous ne sommes pas seules, nous vivons une même communion dans le Christ. Cet engagement à faire corps, nous essayons par tous les moyens de le développer entre nous, même s’il est évident qu’il ne nous ferme pas à l’amour pour nos frères et soeurs de la Famille Cor Unum de qui nous nous sentons pleinement solidaires.

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Le lieu où l’amour de Dieu se conjugue avec le service des hommes (by Sam Nabi, CC 2.0)

Enfin mon choix de l’ISFCJ a été conforté par le fait que l’Institut me permettait de conserver toutes mes activités antérieures, professionnelles, syndicales, associatives, en me laissant dans mon milieu de vie. Celui-ci devenait le lieu même de la mission, là où l’amour de Dieu se conjugue avec le service des hommes. J’ai toujours eu le goût des engagements séculiers. La fidélité à ma vocation donnait à ces engagements leur véritable raison d’être et une impulsion plus forte. Plus j’étais insérée dans le monde, plus je vivais ma consécration. Ce fut aussi un élément déterminant de mon choix.

Ainsi, l’appel au don total dans l’Institut séculier du Cœur de Jésus est pour moi source de liberté et de joie profonde que je voudrais faire partager à d’autres. Et je rends grâce pour tout ce que le Seigneur me fait vivre, en reprenant souvent ces versets du Psaume 4 :

« Tu mets dans mon cœur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons.
Dans la paix moi aussi je me couche et je dors
car toi seul, Seigneur, me donnes d’habiter dans la confiance. »